«La sirène jeta encore un regard sur le prince, et se précipita dans la mer, où elle sentit son corps se dissoudre en écume.»

 

La petite sirène, Hans Christian Andersen

Croquis de recherche de notre costumière, Marion Benagès : Première étape de la transformation de Loïc Famenne.

Choisir l'écume,

texte et mise en scène d'Alan Payon

Lauréat de l'aide à la création du CNT - Artcena

création 2017

Après avoir été artistes associés « Nouvelle Génération » du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes 2015, Alan Payon et Les Enfants Sauvages sont conventionnés avec la Région Grand Est via son dispositif de soutien à l’émergence. Ils sont artistes en résidence au TCM, le Théâtre de Charleville-Mézières et au Théâtre Louis Jouvet, la scène conventionnée des Ardennes. Le projet bénéficie, entre autres, des soutiens du Conseil Départemental des Ardennes, de la Ville de Charleville-Mézières, de l’Hectare, scène conventionnée de Vendôme, du Volapuk (Tours), des Fées d’Hiver, Centre des Arts Numériques des Hautes-Alpes, du Théâtre des Bergeries de Noisy-Le-Sec et l’Espace Périphérique, le lieu dédié aux arts du Cirque et de la Marionnette de la Ville de Paris.

En décembre 2016, Les Enfants Sauvages gagnent le deuxième prix aux Plateaux du Groupe Geste(s) avec « Choisir l’écume ». Alan Payon a commencé l’écriture de ce spectacle en 2012, lors de son parcours au département d’écriture dramatique de l’ENSATT, et l’a poursuivi en 2014, lors de son CLEA pour la Communauté Urbaine de Dunkerque (Contrat Local d’Education Artistique). A cette occasion, il collabore avec le chorégraphe Thibaud Le Maguer et ensemble, ils créent une première version performative de « Choisir l’écume » au FRAC Nord-Pas-De-Calais

Le projet a obtenu l’aide à la création de la DRAC Grand Est.

Note d'intention 

Pour ce projet, le moteur de l’écriture est ce vertige que je ressens face à cette société de l’image, où un tas de gens cumule les like sur les réseaux sociaux, pour quantifier leur popularité, et savoir, si oui non, ils sont intéressants ; le vertige face à la masse infinie des communications, l’hyper-connectivité, le suivi à la trace par géolocalisation. Nous ne sommes plus jamais seuls. Nous avons presque peur de la solitude, et du silence. Un acouphène permanent siffle à nos oreilles, le sifflement pernicieux de l’électricité sans laquelle nous sommes perdus, loin de Google.

Choisir l'écume,  performance,

FRAC Nord-Pas-de Calais

Thibaud Le Maguer, dans "Choisir l'écume", FRAC Nord-Pas-De-Calais, avril 2014. Sculpture molle : Rosy Le Bars.

Le virtuel nous pousse à aller vite, à penser vite, des études ont montré que le mail nuit à la qualité du travail : "on est concentré sur quelque chose et on reçoit un mail qui n’a rien à voir. On se sent obligé de répondre, nous sommes connectés, ensemble, il n’y a pas de raison. Ne pas répondre serait une fatale rupture de contact, une preuve flagrante d’inefficacité". Nous entrons dans l’anthropocène, une ère où la destruction matérielle de la Terre n’importe pas, tant que nous sommes connectés, que nous pouvons diffuser la pensée virtuellement. Mais quelle pensée ? Des citations tirées de leur contexte qui se partagent un million de fois sur Facebook jusqu’à en perdre leur substance même ? Fast-food, speed-dating, "est-ce la vitesse, notre nouvelle adresse ? ", chante si justement Marvin Jouno. Il n’y a plus de place au hasard, on se donne rendez-vous par texto, on se retrouve dans la rue en se téléphonant, on tombe même amoureux en cliquant sur quelques cases sur un site de rencontre, qui vous offrira un panel de possibles correspondants à vos goûts présumés. C’est qu’il ne faudrait pas perdre trop de temps à la rencontre de l’autre, qui sans doute, nous décevra bien tôt ou tard, alors on clique, on b***, on aime vite puis on change, pourquoi pas ?

 

choisir l’écume est donc un texte qui parle des amours 2.0., de ceux qui naissent sur internet ou les applications de rencontre. C’est aussi un texte qui parle de la mer, qui parle de sirène, un texte qui interroge l’image de la sirène en tant que symbole du désir, d’un désir qui mène à la perte. Je fais le parallèle entre « La petite sirène » d’Andersen et les amours virtuels. Les flots de la mer séparent la sirène de son prince, ici, se sont les flux du web, sa queue de poisson empêche la sirène d’être aimée des hommes, ici, le corps est absolument absent et ne se révèle qu’en pixels. 

Loïc dans l'Océan Virtuel

Combien d’histoires d’amour naissent virtuellement ? Combien sommes-nous à nous créer des profils ? Un individu n’est-il pas multiple ? N’y a-t-il pas nombre de voix dans sa voix ? L’écriture même du théâtre permet de les baliser, de créer des territoires, de comprendre un peu mieux le schmilblick.

Mon profil circonscrit mes multiplicités à la présentation maigrichonne des richesses qui me composent. Comment puis-je ensuite aller à la rencontre d’une autre singularité, riche de milles choses, qui se sera laissée enfermer elle aussi dans un profil rikiki ? Comment, quand tous les deux avons mis des barrières, choisi des arguments de vente et soigneusement caché ce qui nous n’aimons pas de nous-mêmes, comment faire en sorte que la rencontre opère, quand tous deux avons pour masque ces mêmes profils ?

choisir l’écume présente alors l’histoire de deux amants qui se rencontrent sur la toile, noyés dans l’océan des possibles sexuels ou amoureux, où rien n’opère finalement, hormis la vacuité des échanges, sexuels ou amoureux.

Ce qui m’accompagne dans l’écriture, c’est le voyage que me fit faire ma traduction mauvaise du sonnet XCVII de Shakespeare, que j’ai travaillé à l’ENSATT, au côté d’Eloi Recoing. Ce que j’en avais compris, c’est que Shakespeare nous disait que le plus beau moment de l’amour, ce n’est pas quand nous l’avons rencontré, non, c’est le moment de l’attente de lui, où nous constituons un trésor, quelque chose à offrir, quand il se présentera. Ecrire avec une erreur comme étendard, ça me va...

 

Quel trésor je constitue, quand je collectionne les rencontres fugitives sur le net ? Quelle attente, quand en quelques clics nous prenons rendez-vous ? Pourquoi devons-nous avoir cliqué ce contrat tacite d’une éventualité amoureuse ou sexuelle pour aller au rendez-vous ? Pourquoi ne nous accordons-nous plus le temps de courtiser, d’être courtisé ? Pourquoi ne nous accordons-nous plus le courage de quand même essayer, sans savoir, quitte à essuyer un refus ? 

 

 

Je pose la question de la consommation, du jetable, à l’endroit des amours, 2.0. 

 

Je pose la question du désir, pour ma génération.

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                Alan Payon

Photo extraite du film tourné pour le spectacle. 

Loïc Famenne et Bastien Valtille.

L'équipe artistique 

Les enfants sauvages se définissent comme un collectif d’artistes où chacun possède une écriture spécifique constitutive du spectacle vivant.

 

 

Texte et mise en scène d’Alan Payon

Assisté de Coralie Maniez

Regard extérieur : Mathieu Ehrhard

 

Avec : Arnaud Préchac dans le rôle de Loïc Famenne

            Alan Payon dans le rôle de Bastien Valtille

            Coralie Maniez dans le rôle de l'inspecteur.

Effets vidéos & régie multimédia : Pablo Albandea

Images animées : Pablo Albandea & Marion Benagès

Film : Frédéric Touchard & Coralie Maniez

Scénographie et marionnettes : Cerise Guyon

Costumes et costumes/marionnettes : Marion Benagès

Création musicale et sonore : Thomas Demay

Création lumière : Félix Bataillou

Soutiens

Une production Les Enfants Sauvages !

Coproduction : TCM, Théâtre de Charleville-Mézières, L'Echalier St-Agil, Espace Périphérique, l’Hectare, scène conventionnée de Vendôme, le Théâtre Louis Jouvet, ,scène conventionnée des Ardennes.

 

Le projet est soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Grand Est, la Région Grand Est, le Conseil Départemental des Ardennes, la Ville de Charleville-Mézières, le Volapuk (Tours), les Fées d’Hiver, Centre des Arts Numériques des Hautes-Alpes, le Théâtre des Bergeries de Noisy-Le-Sec.

Avec le texte de ce spectacle, Alan Payon est lauréat de l'aide à la création du CNT -  Artcena, catégorie dramaturgie plurielle, commission de l'automne 2017.