ORPHÉE.S

Le spectacle est en préparation...

Une petite forme sera créée en septembre 2021

Une forme longue verra le jour à l'automne 2022

Soyez patient.e.s ....

Qui est Orphée ?

"[…] Orphée est mentionné par Eschyle, par Phérécyde, par Hellanicos ; Hérodote connaît les mystères orphiques. La légende est assez complète dès la fin du Ve siècle. Euripide montre Orphée charmant les puissances infernales, célébrant les orgies bachiques, entraînant par ses chants les pierres, les arbres et les bêtes. L’auteur du Rhésos le met en rapport avec les Muses, et lui attribue l’institution des mystères. Aristophane le considère comme un des plus anciens poètes et comme l’inventeur des initiations religieuses. Enfin, Platon parle souvent du rôle d’Orphée comme musicien et poète, comme fondateur de cultes et apôtre de la civilisation ; il raconte son expédition aux enfers. Désormais, la légende est fixée dans ses traits essentiels […]

Un seul des voyages d’Orphée devint populaire : son expédition en Colchide avec les Argonautes. Jason, sur le conseil de Chiron, avait emmené le musicien thrace pour désarmer les Sirènes, apaiser les querelles, et donner la mesure aux rameurs. […]

Une autre légende, immortalisée par Virgile, menait Orphée jusqu’aux enfers. Le héros s’était épris de la nymphe Eurydice. Il la séduisit par les sons de sa cithare, et il l’épousa. Un jour, poursuivie par le berger Aristée, Eurydice fuyait à travers les prairies, quand elle fut piquée par un serpent. Elle mourut de sa blessure. Orphée en fut inconsolable. Il descendit aux enfers pour y réclamer sa femme et réussit à gagner par ses chants Pluton et Perséphone. Il obtint qu’on lui rendrait Eurydice ; mais les dieux infernaux y mirent pour condition qu’il marcherait devant elle et ne se retournerait pas avant d’arriver sur la terre. Orphée manqua à sa promesse, et, de nouveau, perdit Eurydice.

Cette légende n’apparaît tout à fait complète qu’au temps de Virgile. Cependant Euripide savait déjà qu’Orphée avait charmé les puissances infernales. Platon avait raconté son voyage aux enfers, mais selon lui les dieux ne lui avaient laissé voir qu’un fantôme d’Eurydice. Sur la mort d’Orphée, les traditions variaient beaucoup. D’après la légende la plus populaire, le héros était devenu misogyne après la perte d’Eurydice. Il repoussa l’amour des femmes de Thrace, détourna du mariage les autres hommes, et refusa de chanter dans les fêtes. Il fut mis en pièces par les Ménades, au bord de l’Hèbre. Ses membres épars furent réunis et enterrés par les Muses. Sa tête et sa lyre, jetées dans le fleuve, furent entraînées par les flots sur la côte de Lesbos. Là, sa tête fut ensevelie par les habitants ; sa lyre, emportée au ciel par les Muses, y devint une constellation. Suivant une autre tradition, Orphée fut déchiré par les Ménades, parce qu’il avait abandonné le culte de Dionysos pour le culte d’Apollon ; et l’on comparait sa mort à celle de Dionysos Zagreus, déchiré par les Titans. On racontait encore qu’Orphée s’était tué lui-même après sa malheureuse expédition aux enfers, ou qu’il avait été foudroyé par Zeus pour avoir révélé aux hommes les mystères."

Paul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque

Petite Bibliothèque Payot, 2002

Note d'intention

«Le poète est en quelque sorte un médium, il n’est que la main d’œuvre de forces qui l’habitent et qu’il connaît très mal, d’un moi profond qu’il connaît très mal, et qui n’a presque rien à faire avec son moi de surface, qui n’est alors qu’un serviteur, un domestique. »

Jean Cocteau en 1960

lors d'une interview pour son film Le Testament d'Orphée

 

En échangeant sur nos inspirations communes, l’œuvre de Jean Cocteau s’est imposée comme un pilier central à travers ses dessins, ses écrits, ses témoignages vidéos, ou encore son cinéma et ses nombreux effets spéciaux. Nous sommes rapidement tombés d'accord. Cocteau est un très proche. Proche de nous, par la pluralité de sa pratique artistique qui peut aisément être rapprochée de celle — hybride — du marionnettiste.

Cocteau interroge la place du Poète dans la société. Se faisant, son œuvre prend la forme d'un Art Poétique où sont disséminées quelques clés pour tenter de comprendre le mystère lié à l'acte de création. D'où viennent ces forces qui font écrire le poète ?

C'est ainsi que, toute sa vie, Cocteau sera obsédé par la figure d'Orphée. Outre ses nombreux dessins sur une multitude de supports, de la toile à la céramique, sa pièce Orphée (publiée en 1925), le film du même nom avec Jean Marais (sorti en 1950), c'est avec Le Testament d'Orphée sorti en 1960, trois ans seulement avant sa mort physique, qu'il se fond lui-même dans le mythe.

Dans ce film, l'Académicien se substitue au héros de la mythologie grecque ; ce n'est donc plus le testament d'Orphée mais bel et bien celui de Jean Cocteau. Celui-ci y abolit l'espace et le temps pour nous proposer une errance à travers sa vie et son œuvre. Peut-être tente-t-il de nous livrer, de "nous faire sentir" — comme un ultime recours — les mécanismes mystérieux de son art.

En s'éloignant de la personnalité hors-norme de Jean Cocteau pour se diriger un peu plus vers l'Aède(1) millénaire, nous avons dégagé certaines étapes du mythe qui nous ont permis de construire la fable de notre personnage, notamment, sa relation avec Eurydice, sa mélancolie, et son voyage aux Enfers.

Nous reprenons alors les principes du film Le Testament d'Orphée en les faisant nôtres, afin de livrer un portrait critique de la figure — multiple — du Poète Contemporain.

Comme Ulysse qui errait d'île en île, nous verrons notre poète propulsé dans les différents possibles de sa vie, nous montrant ce qu'il aurait pu devenir s'il avait fait tel ou tel choix. S'inspirant des chimères mythologiques afin de mettre en scène les forces qui habitent le Poète, notre Orphée entrera en dialogue avec tout un bestiaire fantastique — comme autant de projections qui émanent de lui — rendu possible par la marionnette.

 

Ainsi, notre Poète sera un personnage multiple, évoluant dans différentes dimensions, il deviendra presque kaléidoscopique. Avec Orphée.s, nous voulons mettre en perspective — relativiser et reterritorialiser — la place du Poète dans la société.

 

Jonas Coutancier et Alan Payon

(1) Aède : En Grèce antique, un artiste qui chante des épopées en s'accompagnant d'un instrument de musique.

(2) Peter Szondi, Théorie du drame moderne, Penser le Théâtre, ed. Circé, 1956, 2006.

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