




Les Enfants Sauvages et la musique
Par Alan Payon
A l’école d’acteur : j’écrivais, à l’ENSATT au département d’écriture dramatique : je mettais-en-scène ; une vraie tête-à-claques... C’est ce que je pensais, puis j’ai découvert la marionnette, et j’ai compris. Compris que c’est le geste qui compte, et la dramaturgie. À ma sortie de l’ENSATT, auteur fraîchement diplômé, je n’ai d’abord créé que des spectacles muets, en tout cas sans parole, entièrement visuels, chorégraphiques, et musicaux.
Ce qui me semble le plus important, au travail dans la salle noire, c’est le dialogue entre nous toustes.
Nos deux premières formes ont été des performances co-créées avec les musiciens du groupe Cosmic Hill, des amis de Charleville (photo ci-dessus à droite, concert lors de la première édition de notre temps fort #Comme des Sauvages). Jeune marionnettiste qui n’a pas fait l’ESNAM, eh non, j’explorais par moi-même, et ce qui m’animait, et m’anime encore, ce sont les liens entre manipulation et chorégraphie. En impro avec les musiciens, deux guitaristes et un bassiste, nous écrivions les premières pages de la vie des Enfants Sauvages.
En 2014, pour POP HIBISCUS (photos ci-dessus à gauche, église de Charleville, Nuit Blanche), Marion Benages, qui a co-fondé la compagnie avec moi, avait réalisé une robe-marionnette de 5m de diamètre dans laquelle j’évoluais, mes jambes devenant les pistils-personnages d’une fleur géante. Ensuite, avec les Cosmic Hill, nous avons co-écrit ensemble, musique et mouvements, au fur et à mesure des répétitions. Cela a donné une performance de 15 mn à la frontière de la marionnette et de la non-danse (cf notre le dossier de présentation).



2014 toujours, et Poulp’ Friction (ci-dessus), notre première commande, passée par Anne-Françoise Cabanis, devenue depuis une chère amie et notre Présidente, mais qui à l’époque dirigeait le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières (FMTM) .
Là, le travail avec les musiciens n’a pas été le même ; en effet, cela partait d’un texte déjanté que j’avais écrit en résidence à Dunkerque. Là, musicalement et chorégraphiquement, il s’agissait de trouver ce qui pourrait sublimer le texte (j’en chantais une partie), trouver des silences, des frottements, des nuances et même de savants contresens. C’était une performance assez folle pour que j’y fabrique une sirène avec un (vrai) poisson et une Barbie (photo du milieu), nous considérions que nous avions réussi la prestation lorsqu’au moins une personne quittait la salle pendant les 20 mn du “spectacle”. Nous étions jeunes, indisciplinés : Sauvages ! Nous commencions par une douce bossa nova pour finir en une sorte de métal chelou. Moi à qui mon père, accordéoniste, a toujours dit que je n’avais aucune oreille, avec les Cosmic Hill, j’ai galéré, c’est vrai, mais j’ai pris ma revanche.
Le théâtre gestuel
Puis en 2015, nous avons créé Nonna & Escobar (vidéo ci-dessus), un jeune public entièrement muet qui racontait mon enfance avec ma grand-mère, et nos conflits générationnels. La musique était entièrement réalisée en MAO et avait une place centrale dans le spectacle, puisqu’elle accompagnait le public dans la dramaturgie.
En 2017, nous avons créé Choisir l’écume (photos ci-dessous), second prix du Groupe Geste(s) et lauréat Artcena à la catégorie dramaturgie plurielle. Dans ce spectacle là encore, des parties entièrement gestuelles, mais aussi des dessins-animés, tout cela guidé par la musique, toujours en MAO.



La musique instrumentale
En 2021, avec la (re)création post-COVID de la performance Sauroctone, les Enfants Sauvages invitent la violoncelliste Adèle Théveneau à jouer en live sur la tournée. Et là, la révélation ! La puissance du jeu d’Adèle décuple la proposition scénique ! Depuis, tous les spectacles des Enfants Sauvages sont accompagnés par des instrumentistes en live au plateau.
Pour Orphée.s, en 2022, la sœur d’Adèle, la violoniste Camille Théveneau, nous rejoint et accompagne la création de son univers classique.
La rencontre avec Dorian Baste, trompettiste et guitariste
Le groupe Harmattan Brothers accompagnait la lecture des poèmes d’une amie (Caroline de Freitas, la secrétaire de l’asso de la compagnie).
Dorian était à la trompette et la qualité de son son, produit notamment en obstruant son instrument avec... une ventouse à chiotte, a eu sur moi l’effet d’une drogue psychédélique. Après la lecture de mon amie, leur concert, et en écoutant Dorian, j’étais cloué à mon siège, et pourtant complètement embarqué dans un voyage sensoriel.
J’ai pris mon courage à deux mains, et je lui ai proposé de travailler sur la création d’Orange au pays des Angles (photos ci-dessous). Le spectacle raconte une histoire d’amitié impossible entre une couleur (Orange) et une forme (Triangle-Rectangle).
Quel bonheur cette collaboration a été ! Dorian a un regard dramaturgique aiguisé, il sait nous guider dans le jeu pour que ça matche avec sa musique, nous avons ainsi pu co-construire la dramaturgie du spectacle collectivement.
Le choix de la trompette s’est imposé à nous pour créer la complainte d’Orange, sa voix intérieure. Ainsi, lui, le métamorphe, peut même devenir purement sonore. Les mélodies à la guitare, plus structurées, sont utilisées pour les thèmes de Triangle-Rectangle, mais aussi des Coins, qui, eux, sont l’autorité du Pays des Angles. Pour finir, le looper permet à Dorian de donner à entendre plusieurs instruments alors qu’il est le seul musicien au plateau.
Pour finir, cette amitié artistique perdure et Dorian sera de nouveau des nôtres dans notre prochaine création prévue pour 2027, Un parhélie dans le ciel de Reims.






















